Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

07/07/2017

Yves Alphé : colloque "oser parler de la mort, un cadeau pour la vie", partie 6

Raoul Pouls, Caritas Obsèques : Merci monsieur Saillau pour ces commentaires. En ce qui concerne d’autres appuis possibles, est-ce que vous saviez qu’il existe des associations susceptibles d’accompagner les personnes en deuil ?

R Harraud : Non, je l’ai appris en parlant avec les conseillers funéraires (comme Yves Alphé)

Raoul Pouls : Et bien nous avons la chance d’avoir en notre présence ce soir la présidente de l’association JALMALV. Serait-il possible de nous éclairer sur les objectifs de votre association, nous expliquer ce qu’elle est en mesure d’apporter aux familles en deuil ?

MC Rousseau: Je suis la présidente de JALMALV. C’est une association laïque qui ne comprend que des bénévoles. Nous dépendons de la Fédération Nationale. Nous nous avons en fait deux moments où nous pouvons intervenir : avant le décès, nous avons des bénévoles qui sont formés par JALMALV jusqu’à la mort accompagner la vie, cela veut bien dire ce que ça veut dire  et qui accompagnent les personnes en fin de vie dans les instituts hospitaliers ou à domicile. Bien souvent, une présence suffit pour le malade, pour calmer son anxiété. D’autres préfèreront se confier ou parler de leurs angoisses, de leur peur, de leur questionnement face à la mort. Seul, le bénévole est là pour écouter et éviter que les proches ne souffrent. Le bénévole d’accompagnement soutient également les familles qui savent que la séparation est proche et le fait de pouvoir exprimer ses émotions soulage la famille. Le rôle de l’association est en fait d’apaiser la souffrance. Le deuxième moment est après le décès pour les personnes endeuillées. Nous avons une équipe de bénévoles qui est formée à l’écoute des endeuillés. Nous proposons le café-deuil, c’est une rencontre conviviale qui permet à chacun de parler, d’écouter parler du deuil, qu’il s’agisse de la perte d’un proche ou de toute autre perte pénible, tout en respectant la douleur de chacun. Nous avons aussi des groupes d’entraide autour du deuil animés par ces bénévoles. Les groupes d’entraide se retrouvent environ une fois par mois ; chacun peut s’exprimer sur cette impression de vide, de tristesse, de colère, de toute autre émotion. Ce temps permet d’aller plus loin, dans l’intime, dans la profondeur et il se crée vraiment un lien de solidarité dans le groupe. C’est vrai que dans la vie de tous les jours, il n’est pas toujours facile de parler avec son entourage de ses états d’ame, de la personne décédée. D’ailleurs la relation avec la personne décédée est pas toujours la même qu’il s’agisse d’un conjoint, d’un enfant, d’un parent, d’un frère, d’un ami proche et chacun se doit de faire son deuil. C’est pourquoi ce groupe vous autorise à vous exprimer et vous libérer sans jugement. Pour adhérer à ce groupe il vous faudrait prendre contact avec les bénévoles pour une rencontre individuelle. Cette rencontre est importante car vous pourrez do’res et déjà être écouté dans vos difficultés à vivre votre deuil. Quelquefois une rencontre individuelle suffit pour vous apaiser. Je citerai simplement Albert camus qui disait que « parler de ses peines, c’est déjà se consoler » . Alors voilà le rôle de notre association et sachez que nous agissons toujours dans le non-jugement, dans l’écoute bienveillante, le respect de chacun et dans la solidarité qui est très importante.

Raoul Pouls, Caritas Obsèques : Merci Madame Rousseau pour ces conseils. Ils sont très importants pour la sérenité de chacun face à cet évènement tragique qu’est la disparition d’un être cher. Dans un autre domaine Madame Harraud, avez-vous eu d’autres difficultés concernant les démarches administratives ?

Madame Harraud : Durant plusieurs semaines, j’ai été dans l’incapacité d’effectuer une quelconque démarche. C’est ma sœur Louise qui a eu la gentillesse de s’en occuper, cela lui a occupé l’esprit.

RP : Là encore vous ne saviez peut-être pas qu’il existe des prestataires spécialisés dans les démarches administratives. Monsieur Bourgeois représente la société Caelis. Il nous a fait le plaisir d’être là ce soir. Pourriez-vous nous donner quelques orientations sur ce qu’un prestataire est en mesure d’apporter aux familles en deuil ?

F Bourgeois, service Caelis, démarches administratives : Caelis est spécialiste de l’accompagnement après décès depuis une dizaine d’années maintenant. Notre mission est de prolonger l’accompagnement de l’entreprise de pompes funèbres (comme Caritas Obsèques dirigée par Yves Alphé) grâce à la prise en charge complète des familles pour la réalisation des démarches administratives après obsèques.  Nous accueillons maintenant plus d’une centaine de familles par moi pour l’accomplissement de ces démarches. Ceux d’entrevous qui n’étaient confrontés qu’à l’organisation d’obsèques savent que c’est déjà extrêmement compliqué comme on a pu le voir précédemment et qu’après, malheureusement, il faut gérer la partie administrative, contacter les organismes, faire valoir les droits, récupérer des aides etc. Et aujourd’hui, malheureusement, la majorité des entreprises de pompes funèbres vous remet un petit guide de démarches ou vous conseille de contacter un notaire ou aller sur Internet pour trouver réponse à vos questions. Nous on a décidé de proposer et d’apporter un service beaucoup plus complet puisque notre intervention vise à faire valoir les droits sociaux et administratifs du proche du défunt et à leur faire respecter leurs obligations. Tout le monde a déjà été confronté au moins une fois dans sa vie à des problématiques administratives. C’est encore plus compliqué lorsque l’on est confronté à un décès et là on est complètement démuni. Nos conseillères, puisque nous avons des conseillères spécialisées qui interviennent par téléphone ont un double rôle : elles conseillent les proches du défunt au plus près de leurs intérêts car on est pas forcément au courant de ce que l’on doit faire, des obligations à respecter et leur deuxième rôle c’est d’envoyer l’ensemble des courriers personnalisés qui sont à adresser aux différentes administrations et organismes. Vous me direz, « quel est l’intérêt pour les proches du défunt puisqu’on pourrait considérer qu’aujourd’hui envoyer un bulletin de décès aux administrations et aux organismes suffit à faire valoir les droits ? ». En vérité, c’est beaucoup plus compliqué. Le premier intérêt c’est de bénéficier de l’expertise d’une conseillère dont c’est le métier. Statistiquement, on est confronté à l’organisation d’obsèques entre 2 et 3 fois dans sa vie. Je serais tenté de dire « comment faire quelque chose correctement 2 fois dans sa vie quand quelqu’un lui le fait tous les jours ? » . Deuxième chose, les proches du défunt vont gagner beaucoup de temps. L’entretien téléphonique dure environ une heure avec les conseillères. Elles vont faire un diagnostic de la situation sociale et administrative du défunt, des proches et passer en revue tous les organismes qu’il y a a contacter. Elles envoient le dossier à la famille sous 24h. Lorsque la famille reçoit son dossier, elle n’a plus qu’à signer les courriers, tout est déjà prêt. Un gain de temps considérable. Un exemple : pour les personnes décédées qui laissent un conjoint survivant, bien souvent il y a ce qu’on appelle les pensions de réversion qui sont à mettre en place, donc au niveau des caisses de retraite. En moyenne, aujourd’hui une famille qui s’occupe elle-même des dossiers de pensions de réversion va mettre entre 5 et 6 mois avant de toucher la réversion. Les familles qui ont choisi de bénéficier de notre accompagnement par le biais de l’entreprise de pompes funèbres en moyenne touchent leur réversion sous 2 à 3 mois. Ensuite, comme on l’a évoqué, le décès c’est un contexte psychologique qui est compliqué, qui est difficile. Or, on n’est pas prêt à se battre contre les administrations, on doit faire face à ce contexte psychologique qui est déjà suffisamment difficile et cela ne permet pas aux proches d’aborder sereinement la gestion de leurs démarches après décès. Ensuite, la charge administrative engendrée par le décès est très importante et largement sous-estimée par les proches au moment du décès. C’est vrai que les proches sont concentrés sur l’organisation des obsèques et n’ont aucune idée de ce qui les attend après. Ils sous-estiment systématiquement la charge de travail que cela va représenter. Ce sont bien souvent des mois sans compter le fait que les proches vont recevoir du courrier au nom du défunt, il va manquer un papier…on a l’impression de ne jamais en sortir. En fait je dirai que faire le travail de deuil doit être la priorité des proches et surtout pas de se battre avec les administrations. Une précision avant de conclure, nous ne sommes pas notaires, nous ne le remplaçons pas. Nous nous occupons de la partie administrative après le décès. Seul le notaire a les compétences pour rédiger les actes, calculer les droits de succession et il a un rôle de conseil extrêmement important.

Raoul Pouls : Merci monsieur Bourgeois pour votre intervention.

23/06/2017

Yves Alphé : colloque "oser parler de la mort, un cadeau pour la vie", partie 5

Père O. de Scitivaux : Suite à ce qu’a dit Yves Alphé, je rajouterai simplement que dans le cas d’une crémation avec une célébration religieuse, la célébration religieuse précède toujours la crémation.

Raoul Pouls : D’où l’importance effectivement au niveau des familles de bien en parler au préalable. Car c’est effectivement une difficulté à laquelle nous sommes confrontés lorsque les familles n’ont pas assez parlé de l’évènement. Madame Haraud, cela va faire bientôt un an que votre papa est parti, comment vivez-vous désormais votre deuil au quotidien ?

R Haraud : Malgré le temps qui passe, la douleur est toujours aussi vive. Je suis toujours dans le temps du déni. Je n’ai toujours pas accepté sa disparition. Seuls les moments où mon esprit est occupé m’évitent d’y penser et m’épargnent le chagrin. Le départ de mon papa a laissé un grand vide dans mon cœur. Il me manque terriblement. Parfois j’ai l’impression qu’il va sonner à ma porte pour me rendre visite, ou qu’il va me téléphoner comme il le faisait régulièrement. Les premières semaines qui ont suivi sa mort, je dormais très mal. J’ai dû prendre des anxiolytiques et du magnésium pour retrouver un peu de calme. Ensuite j’ai opté pour des gélules à base de plantes pour retrouver le sommeil car je ne voulais pas tomber dans la dépendance aux médicaments.

RP : Vous avez à l’évidence éprouvé de vives difficultés émotionnelles essentiellement. Vous êtes-vous tournée vers quelqu’un d’autre ? Un prêtre, un médecin, une association.

RH : Face aux difficultés que j’ai rencontrées et que je voulais surmonter, je me suis décidée à entamer une thérapie psychologique car j’éprouvais le besoin d’en parler, d’évacuer ma peine et mes émotions pour me délivrer de ce carcan qui m’oppressait. J’ai donc fait appel à un psychothérapeute d’Orléans.

RP : Monsieur Saillau, je tiens à préciser que vous n’êtes pas le praticien qu’a consulté Madame Haraud et pouvez-vous nous donner quelques conseils au regard de l’assistance que vous êtes en mesure de produire ?

B Saillau : Oui je crois que la première chose que j’ai envie de dire, c’est que le deuil est un état naturel. Lorsque l’on perd un être cher, le deuil est une circonstance que l’on peut vivre lorsque l’on perd une situation (ex : situation familiale ou situation professionnelle). Lorsque l’on perd quelqu’un qui nous est cher, nous sommes naturellement en état de deuil. Le terme deuil a une racine commune avec le mot douleur et donc ressentir des douleurs quand nous sommes en état de deuil, c’est quelque chose qui est tout à fait normal. Vous avez toutes à l’heure parlé de faire tomber le tabou, d’anticiper avec l’idée que ça pourrait participer à diminuer cette douleur. J’en suis convaincu. Mais en même temps, ça n’est pas garanti. Pourquoi ? Parce que je suis psychopraticien et je suis aussi formateur à la fin de vie. Je fais souvent un schéma où je montre la naissance. Je fais un cercle puis je fais un point au centre et je dis comme Victor Hugo « le cercle de famille s’agrandit » .

Pour la mort je fais un cercle et j’enlève une part du camembert, veuillez excuser la comparaison, mais ça parle. Il y a comme un arrachement qui se fait. Cet arrachement il vient nous bousculer au plus profond de nous et jusque dans l’indicible en nous. Et nous pouvons nous y préparer, c’est conseillé bien sûr mais nous ne pouvons pas mettre de côté le fait que la mort vienne bousculer tout un monde établi en nous jusqu’au plus profond. Petit à petit, le travail du deuil va nous permettre de l’intérioriser. L’envie de revoir encore est naturelle, normale, ça n’est pas une pathologie. Pendant longtemps, cela peut prendre très longtemps, c’est une question de jours, de semaines, de mois, d’années…On va être dans le double état : un état où l’on sait pertinement que la personne est décédée et un état où l’on ne sait pas, simultanément. Si l’on regarde vraiment les choses de près, oui il y a une partie de nous qui sait, très cartésienne, et puis il y a une partie de nous qui ne sait pas, qui n’intègre pas, qui n’a pas envie de savoir et quelque part je dirai qui ne veut pas savoir que l’autre est décédé. On va encore avoir un tas de pensées, des tas d’idées, des tas d’envies, des tas de désirs comme si on allait encore pouvoir faire avec l’autre. Et donc le deuil va être ce chemin pour intérioriser.

C’est important de beaucoup se parler car je constate que la famille sait mais ne veut pas compliquer la vie du mourant et le mourant sait mais ne veut pas compliquer la vie de la famille. Et en réalité tout le monde complique la vie de tout le monde y compris des médecins, du corps médical, mieux vaut oser parler. La colère aussi, colère contre soi, colère contre la médecine, colère contre Dieu même pour les personnes les plus croyantes et puis comme vous l’avez dit il y a aussi le sentiment d’abandon. Et je crois que c’est important à un moment d’oser voir ça en face.

Tous ces sentiments-là sont vraiment légitimes, normaux, importants à accueillir. Le deuil n’est pas une maladie y compris dans sa part la plus dépressive et c’est quand on aura dépassé tout cela que l’on va aussi d’une certaine façon naître à nouveau, naître grandi par ce chemin qu’on a osé vivre.

14/06/2017

Yves Alphé : colloque "oser parler de la mort, un cadeau pour la vie", partie 4

Raoul Pouls, de Caritas Obsèques (dirigée par Yves Alphé) : Merci docteur de ces conseils. Le rôle du corps médical est vraiment indispensable et très important au moment de la fin de vie. Pour vous Madame Haraud, effectivement ils vous ont bien aidée. Néanmoins, avez-vous été soutenue par d’autres personnes durant la phase préparatoire aux obsèques ?

RA : Le premier soutien que j’ai reçu est avant tout de ma sœur et celui de mon compagnon qui a tenu à m’accompagner ce soir et je le remercie. C’est donc autour de la famille que s’est construite la démarche de deuil (comme l’explique Yves Alphé sur son blog dédié au funéraire). Mon papa avait, à travers Le Choix Funéraire, mandaté une entreprise de pompes funèbres d’Orléans, ce qui a été de grand secours pour nous car ni lui ni moi-même n’avions idée de ce qu’il convenait de faire. C’est le conseiller funéraire que nous avons rencontré qui s’est occupé de tout. Nous l’avons rencontré dans les locaux de Caritas Obsèques (Yves Alphé). C’est lui, qui après avoir pris connaissance des dernières volontés de papa, nous a informé sur les démarches à entreprendre et proposé le déroulement possible des obsèques : déclaration de décès en mairie, soins de conservation, crémation, inhumation…toutes sortes de concepts et d’actions qui nous étaient parfaitement inconnus, que nous avons appris à connaître avec lui malgré notre douleur. Mon papa n’avait pas souhaité être accompagné par l’Église. Néanmoins, personnellement, je suis croyante et je prie tous les jours. Je suis activement persuadée qu’il y a une vie après la mort et qu’elle est pleine d’amour. Les âmes de nos défunts et celle de mon papa en particulier, sont autour de nous et de temps à autre je suis convaincue que nos morts nous envoient des signes. Il faut être attentif et savoir les reconnaître et surtout savoir les accepter.

RP : Voilà une remarque très intéressante madame Haraud. Mon père, quelle réflexion vous inspire ce point de vue ? Comment faut-il se préparer dans l’Église au départ d’un être cher ?

 Père O. de Scitivaux : Souvent on a l’impression que la volonté du défunt et les souhaits de la famille peuvent s’opposer. Ce n’est pas rare. En réalité je pense que c’est important de savoir ce que l’on célèbre et pour qui on célèbre. Certes, si la célébration est toujours organisée autour du corps du défunt, et la célébration reprend presque point par point les rites du baptême. Mais les paroles que l’on adresse sont toujours destinées à ceux qui restent. Ce sont ces personnes qui ont besoin d’être réconfortées. Et au milieu des rites funèbres souvent violents ; je pense à la mise en bière, l’inhumation ou l’incinération, la célébration prend souvent la dimension d’un temps de paix. Elle a pour but de faire entrer dans l’espérance ceux qui vivent la célébration. Pour ma part je ne crois pas qu’il soit possible de concevoir des célébrations clé en main tant il est important que la célébration corresponde à ce que l’on a pu partager lors de la rencontre avec les familles. Souvent ces rencontres sont des rencontres avec des équipes de laïques, peut-être parfois avec des prêtres. Mais de plus en plus, ce sont des laïques qui sont associés à cette mission d’accompagnement des familles en deuil. C’est vraiment là que se joue l’essentiel. Il faut être à l’écoute avant de proposer. Chaque situation, et cela a déjà été dit, est unique : la personnalité du défunt, les circonstances du décès, le traumatisme provoqué dans la famille…On ne vit pas de la même manière la mort brutale, accidentelle ou prévisible lorsque l’âge ou la maladie ont dégradé la personne. On va proposer divers types de célébrations, des textes, des chants, des musiques…qui permettront à tous de comprendre que la mort est davantage un passage qu’une fin. J’aime aussi reprendre une image de vie, celle de la naissance. Pour naître à une vie d’homme il faut passer par la mort à l’état utérin. Il en est de même je crois pour la fin de la vie terrestre. De la même manière qu’une mère parle à son enfant lorsqu’il est en elle, sans le voir, je pense qu’il est important de faire comprendre au moins au début du deuil à la famille qu’on peut parler au défunt, de manière mystérieuse. J’ai en mémoire ce petit Jacques, qui avait perdu sa maman Annie lorsqu’il avait 7 ans. Elle l’avait préparé à son départ. Un jour, en colonie de vacances, les autres enfants écrivaient à leurs parents. Jacques est allé s’asseoir au pied d’un arbre, la tête dans les mains. Je suis allé vers lui pensant qu’il avait un chagrin mais d’un grand sourire il m’a dit : « j’ai besoin d’être seul, j’écris à maman ». J’ai eu aussi d’autres expériences d’accompagnement de familles en deuil. Souvent, se faisait le regret de ne pas avoir le courage de se dire au revoir, de ne pas avoir su comment en parler afin de ne pas blesser ou faire peur. La célébration dans ces cas-là est un moyen de se dire au revoir. A travers un langage rituel, l’Eglise permet de dire l’indicible, d’oser des mots dont humainement on ne s’en sentirait pas capable et cela je le crois vrai aussi bien pour des personnes convaincues que pour des personnes éloignées de la Foi.

Yves Alphé : Merci mon père. Je me permets de réagir par rapport à ce que vous avez dit tout à l’heure. C’est assez intéressant effectivement parce que certaines personnes qui souscrivent un contrat obsèques et qui choisissent par exemple la crémation demandent à ce que leurs cendres soient dispersées en pleine nature par exemple puisque c’est tout à fait légal en France. Ils se disent qu’ainsi il n’y aura pas de problème d’entretien de sépulture ou quoi que ce soit, cela peut être tout à fait naturel comme réaction. Mais ça nous arrive très fréquemment d’être confrontés à des familles qui justement ont besoin d’un lieu pour se recueillir. C’était donc simplement un petit aparté pour dire que parfois , on ne sait plus s’il faut respecter les volontés du défunt avant tout, ou les volontés de la famille qui a besoin de vivre son deuil.