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29/12/2017

Parler de la mort aux enfants, Yves Alphé partie 2

Comment annoncer un décès, que faut-il dire, comment en parler, comment survivre à un tel événement ? Voilà bien des questions sans réponses spontanées.

La mort fait partie de la vie, elle est par essence, la fin de la vie, rappelle Yves Alphé. C’est l’un de sujets les plus difficile à évoquer, pour ne pas dire TABOU dans nos sociétés occidentales où la primauté de la jeunesse, de la beauté, de la réussite surpassent tout. Or la mort ce n’est pas beau !

La mort peut être mieux comprise quand elle survient en fin d’une longue vie. Pour autant, elle est réfutée dans tous les autres cas. Surtout si elle survient de manière brutale (accident, catastrophe, mort subite en bas âge…). Il est un fait encore aujourd’hui, que face à la mort la plus part d’entre nous sont désarmés, car peu ou pas du tout préparés à cette réalité inéluctable. Si « parler de la mort est une épreuve pour les adultes, elle est aussi une épreuve très difficile pour les enfants" d'où ce colloque animé par Yves Alphé.

Mille questions se posent à eux : comment évoquer cet évènement avec eux, avec quels mots, quelles attitudes prendre pour ne pas laisser d’enfant face à son désarroi, voilà le sujet qui nous occupe ce soir. Sans vouloir donner de recette, car il n’en existe pas. Nous nous proposons d’en parler pour que vous puissiez à votre tour en parler.

 

Comment les enfants parlent-ils de la mort ?

 

Les enfants ont une image forcément erronée de la mort, car ils côtoient au quotidien cette notion sans en mesurer la portée. Les jeux, contes et autres jeux vidéo… leur donnent une représentation irréelle de la mort. Dans la vraie vie on ne peut pas appuyer sur le bouton « reset » pour que celui ou celle qui vient de tomber se relève. Le mort est bien mort et il ne reviendra plus !

La compréhension de la mort chez l’enfant est différente de celle de l’adulte pour des raisons évidentes de maturité affectives et cognitives. C’est avec l’évolution de ses capacités de compréhension que l’enfant acquiert une perception plus réaliste de la mort. Mais comme pour les adultes, chaque deuil est unique et chaque réaction est particulière.

Pour un enfant, en général, imaginaire et réel se confondent. Pour comprendre une telle abstraction, l’enfant a besoin de MOTS JUSTES, RASSURANTS, D’EXPLICATIONS PRECISES, que les adultes dans de telles circonstances, ne sont pas toujours en mesure de leur donner, indique Yves Alphé.

 

Pour autant, l’âge de l’enfant n’est pas à lui seul déterminant, le milieu dans lequel il évolue l’est pour le moins. Aussi, l’idée de la mort s’élabore progressivement et fait partie intégrante du développement de l’enfant. Cette idée nait de ses expériences et s’enrichissent en fonction de ce qu’il vit de la mort (famille, animaux de compagnie, camarades de classe…).

 

Nous évoquerons l’évolution de cette idée à travers quatre grandes périodes de l’évolution de la compréhension des enfants :

  • Avant l’apprentissage du langage,
  • Avant 5 ans,
  • De 6 à 11 ans,
  • A l’adolescence.

 

Ainsi, le bébé, même s’il ne comprend pas souffre émotionnellement de la séparation. Nous ne le répèterons jamais assez, un bébé, si petit soit-il, est une personne qui ressent ce que sa mère éprouve. Une crainte peut naître et avoir des conséquences sur son ressenti. C’est le changement dans la qualité du maternage qu’il ressent. Aussi, dès 6 mois, un bébé qui auras compris, que lui et sa mère ne font qu’un, pourra ressentir le désarroi de sa mère en cas de perte brutale, d’autant plus qu’il ne pourra pas mesurer la durée de sa détresse.

 

Entre 18 mois et 6 ans, l’enfant accède au langage. Sa maturité psychologique se renforce et il commence à s’interroger. Pour l’enfant de cet âge, la mort ce n’est pas pour toujours ! Ce ne serait qu’un phénomène passager. L’imagination fait alors son œuvre. L’enfant joue souvent avec la mort : « Pan ! tu es mort », car le cow-boy qui joue au « pistolet » se relève toujours, encore et encore. «  C’était pour de semblant » ; « C’était pour de faux ! ». Il a alors une perception non mortifère de la mort. Aujourd’hui, les jeux vidéo le renforcent dans cette idée.

C’est la pensée magique qui domine. Ainsi, l’enfant est facilement convaincu que tout ce qui arrive vient de lui et de lui seul. Ce qui est grave, c’est qu’il peut alors croire qu’un disparu soit le résultat d’un secret inavoué. Survient alors une écrasante responsabilité qui peut le plonger dans un profond mutisme et provoquer des comportements anormaux pouvant aller jusqu’à l’automutilation. L’enfant ne sait pas. Il ne comprend pas tout, il a besoin d’être très sérieusement accompagné.

Là encore la communication directe, franche et claire prend toute sa dimension correctrice. Au-delà de la crainte de mal ou d’avoir mal fait, l’enfant est aussi confronté à la crainte « d’attraper la mort » comme s’il s’agissait d’une maladie, indique Yves Alphé.

 

De 6 à 11 ans, c’est la période durant laquelle l’enfant prend conscience de l’irréversibilité de la mort. Elle est alors comprise comme un principe général d’évolution. On nait, on vit, on meurt.

C’est à ce moment-là que les questions se font les plus nombreuses : « Pourquoi on devient squelette ? » « Pourquoi le cœur s’arrête de battre ? ». C’est vers dix ans que l’enfant prend conscience de l’aspect définitif  de la mort : «  Maintenant, ce n’est plus pour de faux ! ». L’angoisse demeure, mais l’enfant appréhende mieux l’idée et l’affronte de son mieux. Il compose désormais avec la réalité.

 

C’est à partir de 12 ans que sa conception de la mort se rapproche le plus de celle des adultes. La transformation physique et psychique de l’enfant fait son œuvre. Il comprend mieux le sens de la vie et donc celui de la mort. Anxiété, fascination, aspiration romantique sont alors à l’heure du temps.

C’est alors que l’événement survenu l’enfant se heurte tout comme les adultes au déni et au tabou de la mort. A ce moment, là encore, la communication adulte/enfant revêt toute son importance. La douleur du premier ne doit pas occulter celle du second. Tout déni, toute mauvaise information, peut alors être ressenti avec une extrême violence où se mêlent incompréhension, trahison, et rejet du monde incertain des adultes. Les adultes ont envers les enfants un devoir de vérité sur les circonstances du décès de leur proche. La crédibilité des adultes et la confiance qui leur sera accordée par les enfants à l’avenir est à ce prix.

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