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18/07/2017

Yves Alphé : colloque "oser parler de la mort, un cadeau pour la vie", dernière partie

Raoul Pouls, Caritas Obsèques : Madame Harraud, en ce qui concerne la succession de votre papa, comment s’est-elle déroulée ?

Madame Harraud : Pas très bien, il faut le dire. Nous avons opté pour la renonciation de succession. Là encore je me suis appuyée sur ma sœur Louise pour ces démarches dont les conséquences peuvent être très graves pour la descendance du défunt.

Raoul Pouls : Ça c’était une question épineuse, c’est un point souvent délicat notamment dans ce cas de figure. Quelle précaution est-il utile de prendre pour éviter d’éventuels problèmes ?

Maître Bougrier, notaire : Le plus important c’est de pouvoir établir avec le notaire la consistance précise du patrimoine, l’actif et bien sûr le passif. Le principe c’est que la succession est transmise aux héritiers, soit en vertu de la loi soit déterminés dans le testament. Mais un héritier a toujours la possibilité soit d’accepter la succession soit y renoncer. L’acceptation sera relativement simple effectivement, c’est l’acte par lequel l’héritier accepte de recevoir le patrimoine qui lui est transmis  mais l’acceptation pure et simple induit d’accepter l’actif mais également le passif. Et lorsqu’on a un passif supérieur à l’actif, ça veut dire qu’on peut être conduit à payer des dettes sur son propre patrimoine. Dans ce cas-là, effectivement il faut être très prudent, d’autant plus que cette acceptation pure et simple, elle peut résulter d’actes implicites. Vous allez par exemple encaisser les fonds qui sont en dépôt auprès les banques ou vous allez vendre les biens immobiliers du défunt. Ce sont des actes qui vont emporter acceptation, vous ne pouvez plus revenir en arrière. Dans ce cas-là si on a un passif supérieur à l’actif, cela veut dire que les créanciers vont pouvoir se retourner contre vous et que vous allez devoir supporter les dettes du défunt. Alors évidemment, l’héritier peut également renoncer à la succession. Dans ce cas-là c’est relativement simple en pratique puisque c’est un formulaire à adresser au tribunal de grande instance du lieu du défunt. Toutefois, des complications peuvent exister notamment lorsque les héritiers ont eux-mêmes des descendants. Ces derniers peuvent devenir héritiers à leur tour et il va falloir qu’ils procèdent de la même façon aux renonciations. Donc c’est une procédure effectivement qu’il faut suivre scrupuleusement. Troisième point, lorsqu’on a un doute sur la consistance du patrimoine, on peut avoir des craintes sur l’existence d’un passif qui ne serait pas révélé. Et donc là il y a une troisième procédure qui existe qui est l’acceptation à concurrence de l’actif net. C’est très formel, je ne vais pas rentrer dans les détails. Le notaire en charge de la succession sera en mesure de vous aiguiller et l’idée de cette procédure c’est qu’on fait une déclaration auprès du tribunal, on fait un inventaire et suite à ces deux actes, il y a une publication qui est faite au BODACC et les créanciers ont un délai de 15 mois pour se présenter, se manifester et déclarer leurs créances. Passé ce délai, s’ils ne se sont pas manifestés la créance est éteinte et deuxième conséquence, c’est que l’héritier qui a fait cette acceptation à concurrence de l’actif net ne sera pas tenu sur son patrimoine personnel c’est-à-dire que le patrimoine de la succession servira à liquider le passif. S’il reste de l’actif connu, cela reviendra à l’héritier, mais dans le cas contraire l’héritier ne sera pas tenu sur ses propres deniers.

Raoul Pouls, Caritas Obsèques : Effectivement, un point très très important qui est souvent malconnu au niveau des familles et qui peut poser de sérieux problèmes notamment aux héritiers. Donc il est très important de contacter un notaire pour ces démarches, c’est absolument indispensable. Ne faîtes pas l’économie du notaire vis-à-vis d’une succession. Merci maître pour ces explications. Je suis bien conscient qu’il aurait fallu en dire plus mais il y a quand même des points de coupure. Donc je vais demander à Madame Harraud quelle leçon de vie vous avez retiré de cet évènement majeur de la disparition de votre papa et quelle recommandation vous pourriez faire au vu de votre expérience personnelle ?

Madame Harraud : Tout d’abord, j’ai le sentiment que je ne ferai jamais mon deuil de cet évènement. Toutefois je sais au fond de moi qu’avec le temps le chagrin s’estompera. Je me console en me disant que j’ai eu la chance de vivre de très bons moments avec mon papa mais ça n’est jamais assez. Je remercie mon papa pour tout l’amour qu’il m’a offert, pour ses conseils, ses encouragements, sa joie de vivre qui m’ont comblée tout au long de ma vie. J’ai bien pris conscience que la vie peut s’arrêter du jour au lendemain. Elle est trop courte et parfois elle ne tient à presque rien. Il faut donc en profiter à chaque instant comme un don partagé avec nos proches. Il faut leur dire combien nous les aimons et ce, de leur vivant. C’est pour moi le message le plus important. Ensuite il faut préparer l’inéluctable par le dialogue. L’échange au cœur de la famille me semble très important. Ainsi, oser parler de la mort par toutes les parties prenantes (médecin, familles, prêtres, associations) est à mon sens indispensable pour être réellement un cadeau pour la vie.

Raoul Pouls, Caritas Obsèques (dirigée par Yves Alphé) : je m’adresse au dernier rang, les plus jeunes qui sont là ce soir et c’est bien qu’il y ait des jeunes ce soir parce que demain, c’est eux qui vont être confrontés à ces problèmes. Donc n’hésitez-pas à parler avec vos ainés de ce moment. Chateaubriand a écrit un jour « Lorsque ma mère m’infligea la vie », il aurait pu rajouter « et me condamna à mort ». Nous sommes tous condamnés à mort à plus ou moins brève échéance. Le dialogue est le seul moment où vous pourrez partager avec vos ainés et vous préparer. C’est vraiment le but de cette soirée. Merci madame Harraud pour votre témoignage, c’est une épreuve difficile. Vous avez accepté de venir témoigner. Quand on vient devant des personnes que l’on ne connait pas et qu’on dit des choses aussi intimes, ça n’est pas un exercice facile. Vous avez eu le courage de répondre oui. D’autres personnes m’ont dit non quand je les ai sollicitées et je tenais à souligner le magnifique témoignage que vous nous avez donné ce soir et pour cela je demande à l’assistance de bien vouloir vous applaudir.

Merci à nos intervenants pour la qualité d’intervention, merci à l’équipe de la médiathèque qui nous a reçu ce soir et nous a permis d’avoir ce moment d’échange très agréable.

Applaudissements

 

 

 

07/07/2017

Yves Alphé : colloque "oser parler de la mort, un cadeau pour la vie", partie 6

Raoul Pouls, Caritas Obsèques : Merci monsieur Saillau pour ces commentaires. En ce qui concerne d’autres appuis possibles, est-ce que vous saviez qu’il existe des associations susceptibles d’accompagner les personnes en deuil ?

R Harraud : Non, je l’ai appris en parlant avec les conseillers funéraires (comme Yves Alphé)

Raoul Pouls : Et bien nous avons la chance d’avoir en notre présence ce soir la présidente de l’association JALMALV. Serait-il possible de nous éclairer sur les objectifs de votre association, nous expliquer ce qu’elle est en mesure d’apporter aux familles en deuil ?

MC Rousseau: Je suis la présidente de JALMALV. C’est une association laïque qui ne comprend que des bénévoles. Nous dépendons de la Fédération Nationale. Nous nous avons en fait deux moments où nous pouvons intervenir : avant le décès, nous avons des bénévoles qui sont formés par JALMALV jusqu’à la mort accompagner la vie, cela veut bien dire ce que ça veut dire  et qui accompagnent les personnes en fin de vie dans les instituts hospitaliers ou à domicile. Bien souvent, une présence suffit pour le malade, pour calmer son anxiété. D’autres préfèreront se confier ou parler de leurs angoisses, de leur peur, de leur questionnement face à la mort. Seul, le bénévole est là pour écouter et éviter que les proches ne souffrent. Le bénévole d’accompagnement soutient également les familles qui savent que la séparation est proche et le fait de pouvoir exprimer ses émotions soulage la famille. Le rôle de l’association est en fait d’apaiser la souffrance. Le deuxième moment est après le décès pour les personnes endeuillées. Nous avons une équipe de bénévoles qui est formée à l’écoute des endeuillés. Nous proposons le café-deuil, c’est une rencontre conviviale qui permet à chacun de parler, d’écouter parler du deuil, qu’il s’agisse de la perte d’un proche ou de toute autre perte pénible, tout en respectant la douleur de chacun. Nous avons aussi des groupes d’entraide autour du deuil animés par ces bénévoles. Les groupes d’entraide se retrouvent environ une fois par mois ; chacun peut s’exprimer sur cette impression de vide, de tristesse, de colère, de toute autre émotion. Ce temps permet d’aller plus loin, dans l’intime, dans la profondeur et il se crée vraiment un lien de solidarité dans le groupe. C’est vrai que dans la vie de tous les jours, il n’est pas toujours facile de parler avec son entourage de ses états d’ame, de la personne décédée. D’ailleurs la relation avec la personne décédée est pas toujours la même qu’il s’agisse d’un conjoint, d’un enfant, d’un parent, d’un frère, d’un ami proche et chacun se doit de faire son deuil. C’est pourquoi ce groupe vous autorise à vous exprimer et vous libérer sans jugement. Pour adhérer à ce groupe il vous faudrait prendre contact avec les bénévoles pour une rencontre individuelle. Cette rencontre est importante car vous pourrez do’res et déjà être écouté dans vos difficultés à vivre votre deuil. Quelquefois une rencontre individuelle suffit pour vous apaiser. Je citerai simplement Albert camus qui disait que « parler de ses peines, c’est déjà se consoler » . Alors voilà le rôle de notre association et sachez que nous agissons toujours dans le non-jugement, dans l’écoute bienveillante, le respect de chacun et dans la solidarité qui est très importante.

Raoul Pouls, Caritas Obsèques : Merci Madame Rousseau pour ces conseils. Ils sont très importants pour la sérenité de chacun face à cet évènement tragique qu’est la disparition d’un être cher. Dans un autre domaine Madame Harraud, avez-vous eu d’autres difficultés concernant les démarches administratives ?

Madame Harraud : Durant plusieurs semaines, j’ai été dans l’incapacité d’effectuer une quelconque démarche. C’est ma sœur Louise qui a eu la gentillesse de s’en occuper, cela lui a occupé l’esprit.

RP : Là encore vous ne saviez peut-être pas qu’il existe des prestataires spécialisés dans les démarches administratives. Monsieur Bourgeois représente la société Caelis. Il nous a fait le plaisir d’être là ce soir. Pourriez-vous nous donner quelques orientations sur ce qu’un prestataire est en mesure d’apporter aux familles en deuil ?

F Bourgeois, service Caelis, démarches administratives : Caelis est spécialiste de l’accompagnement après décès depuis une dizaine d’années maintenant. Notre mission est de prolonger l’accompagnement de l’entreprise de pompes funèbres (comme Caritas Obsèques dirigée par Yves Alphé) grâce à la prise en charge complète des familles pour la réalisation des démarches administratives après obsèques.  Nous accueillons maintenant plus d’une centaine de familles par moi pour l’accomplissement de ces démarches. Ceux d’entrevous qui n’étaient confrontés qu’à l’organisation d’obsèques savent que c’est déjà extrêmement compliqué comme on a pu le voir précédemment et qu’après, malheureusement, il faut gérer la partie administrative, contacter les organismes, faire valoir les droits, récupérer des aides etc. Et aujourd’hui, malheureusement, la majorité des entreprises de pompes funèbres vous remet un petit guide de démarches ou vous conseille de contacter un notaire ou aller sur Internet pour trouver réponse à vos questions. Nous on a décidé de proposer et d’apporter un service beaucoup plus complet puisque notre intervention vise à faire valoir les droits sociaux et administratifs du proche du défunt et à leur faire respecter leurs obligations. Tout le monde a déjà été confronté au moins une fois dans sa vie à des problématiques administratives. C’est encore plus compliqué lorsque l’on est confronté à un décès et là on est complètement démuni. Nos conseillères, puisque nous avons des conseillères spécialisées qui interviennent par téléphone ont un double rôle : elles conseillent les proches du défunt au plus près de leurs intérêts car on est pas forcément au courant de ce que l’on doit faire, des obligations à respecter et leur deuxième rôle c’est d’envoyer l’ensemble des courriers personnalisés qui sont à adresser aux différentes administrations et organismes. Vous me direz, « quel est l’intérêt pour les proches du défunt puisqu’on pourrait considérer qu’aujourd’hui envoyer un bulletin de décès aux administrations et aux organismes suffit à faire valoir les droits ? ». En vérité, c’est beaucoup plus compliqué. Le premier intérêt c’est de bénéficier de l’expertise d’une conseillère dont c’est le métier. Statistiquement, on est confronté à l’organisation d’obsèques entre 2 et 3 fois dans sa vie. Je serais tenté de dire « comment faire quelque chose correctement 2 fois dans sa vie quand quelqu’un lui le fait tous les jours ? » . Deuxième chose, les proches du défunt vont gagner beaucoup de temps. L’entretien téléphonique dure environ une heure avec les conseillères. Elles vont faire un diagnostic de la situation sociale et administrative du défunt, des proches et passer en revue tous les organismes qu’il y a a contacter. Elles envoient le dossier à la famille sous 24h. Lorsque la famille reçoit son dossier, elle n’a plus qu’à signer les courriers, tout est déjà prêt. Un gain de temps considérable. Un exemple : pour les personnes décédées qui laissent un conjoint survivant, bien souvent il y a ce qu’on appelle les pensions de réversion qui sont à mettre en place, donc au niveau des caisses de retraite. En moyenne, aujourd’hui une famille qui s’occupe elle-même des dossiers de pensions de réversion va mettre entre 5 et 6 mois avant de toucher la réversion. Les familles qui ont choisi de bénéficier de notre accompagnement par le biais de l’entreprise de pompes funèbres en moyenne touchent leur réversion sous 2 à 3 mois. Ensuite, comme on l’a évoqué, le décès c’est un contexte psychologique qui est compliqué, qui est difficile. Or, on n’est pas prêt à se battre contre les administrations, on doit faire face à ce contexte psychologique qui est déjà suffisamment difficile et cela ne permet pas aux proches d’aborder sereinement la gestion de leurs démarches après décès. Ensuite, la charge administrative engendrée par le décès est très importante et largement sous-estimée par les proches au moment du décès. C’est vrai que les proches sont concentrés sur l’organisation des obsèques et n’ont aucune idée de ce qui les attend après. Ils sous-estiment systématiquement la charge de travail que cela va représenter. Ce sont bien souvent des mois sans compter le fait que les proches vont recevoir du courrier au nom du défunt, il va manquer un papier…on a l’impression de ne jamais en sortir. En fait je dirai que faire le travail de deuil doit être la priorité des proches et surtout pas de se battre avec les administrations. Une précision avant de conclure, nous ne sommes pas notaires, nous ne le remplaçons pas. Nous nous occupons de la partie administrative après le décès. Seul le notaire a les compétences pour rédiger les actes, calculer les droits de succession et il a un rôle de conseil extrêmement important.

Raoul Pouls : Merci monsieur Bourgeois pour votre intervention.