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23/06/2017

Yves Alphé : colloque "oser parler de la mort, un cadeau pour la vie", partie 5

Père O. de Scitivaux : Suite à ce qu’a dit Yves Alphé, je rajouterai simplement que dans le cas d’une crémation avec une célébration religieuse, la célébration religieuse précède toujours la crémation.

Raoul Pouls : D’où l’importance effectivement au niveau des familles de bien en parler au préalable. Car c’est effectivement une difficulté à laquelle nous sommes confrontés lorsque les familles n’ont pas assez parlé de l’évènement. Madame Haraud, cela va faire bientôt un an que votre papa est parti, comment vivez-vous désormais votre deuil au quotidien ?

R Haraud : Malgré le temps qui passe, la douleur est toujours aussi vive. Je suis toujours dans le temps du déni. Je n’ai toujours pas accepté sa disparition. Seuls les moments où mon esprit est occupé m’évitent d’y penser et m’épargnent le chagrin. Le départ de mon papa a laissé un grand vide dans mon cœur. Il me manque terriblement. Parfois j’ai l’impression qu’il va sonner à ma porte pour me rendre visite, ou qu’il va me téléphoner comme il le faisait régulièrement. Les premières semaines qui ont suivi sa mort, je dormais très mal. J’ai dû prendre des anxiolytiques et du magnésium pour retrouver un peu de calme. Ensuite j’ai opté pour des gélules à base de plantes pour retrouver le sommeil car je ne voulais pas tomber dans la dépendance aux médicaments.

RP : Vous avez à l’évidence éprouvé de vives difficultés émotionnelles essentiellement. Vous êtes-vous tournée vers quelqu’un d’autre ? Un prêtre, un médecin, une association.

RH : Face aux difficultés que j’ai rencontrées et que je voulais surmonter, je me suis décidée à entamer une thérapie psychologique car j’éprouvais le besoin d’en parler, d’évacuer ma peine et mes émotions pour me délivrer de ce carcan qui m’oppressait. J’ai donc fait appel à un psychothérapeute d’Orléans.

RP : Monsieur Saillau, je tiens à préciser que vous n’êtes pas le praticien qu’a consulté Madame Haraud et pouvez-vous nous donner quelques conseils au regard de l’assistance que vous êtes en mesure de produire ?

B Saillau : Oui je crois que la première chose que j’ai envie de dire, c’est que le deuil est un état naturel. Lorsque l’on perd un être cher, le deuil est une circonstance que l’on peut vivre lorsque l’on perd une situation (ex : situation familiale ou situation professionnelle). Lorsque l’on perd quelqu’un qui nous est cher, nous sommes naturellement en état de deuil. Le terme deuil a une racine commune avec le mot douleur et donc ressentir des douleurs quand nous sommes en état de deuil, c’est quelque chose qui est tout à fait normal. Vous avez toutes à l’heure parlé de faire tomber le tabou, d’anticiper avec l’idée que ça pourrait participer à diminuer cette douleur. J’en suis convaincu. Mais en même temps, ça n’est pas garanti. Pourquoi ? Parce que je suis psychopraticien et je suis aussi formateur à la fin de vie. Je fais souvent un schéma où je montre la naissance. Je fais un cercle puis je fais un point au centre et je dis comme Victor Hugo « le cercle de famille s’agrandit » .

Pour la mort je fais un cercle et j’enlève une part du camembert, veuillez excuser la comparaison, mais ça parle. Il y a comme un arrachement qui se fait. Cet arrachement il vient nous bousculer au plus profond de nous et jusque dans l’indicible en nous. Et nous pouvons nous y préparer, c’est conseillé bien sûr mais nous ne pouvons pas mettre de côté le fait que la mort vienne bousculer tout un monde établi en nous jusqu’au plus profond. Petit à petit, le travail du deuil va nous permettre de l’intérioriser. L’envie de revoir encore est naturelle, normale, ça n’est pas une pathologie. Pendant longtemps, cela peut prendre très longtemps, c’est une question de jours, de semaines, de mois, d’années…On va être dans le double état : un état où l’on sait pertinement que la personne est décédée et un état où l’on ne sait pas, simultanément. Si l’on regarde vraiment les choses de près, oui il y a une partie de nous qui sait, très cartésienne, et puis il y a une partie de nous qui ne sait pas, qui n’intègre pas, qui n’a pas envie de savoir et quelque part je dirai qui ne veut pas savoir que l’autre est décédé. On va encore avoir un tas de pensées, des tas d’idées, des tas d’envies, des tas de désirs comme si on allait encore pouvoir faire avec l’autre. Et donc le deuil va être ce chemin pour intérioriser.

C’est important de beaucoup se parler car je constate que la famille sait mais ne veut pas compliquer la vie du mourant et le mourant sait mais ne veut pas compliquer la vie de la famille. Et en réalité tout le monde complique la vie de tout le monde y compris des médecins, du corps médical, mieux vaut oser parler. La colère aussi, colère contre soi, colère contre la médecine, colère contre Dieu même pour les personnes les plus croyantes et puis comme vous l’avez dit il y a aussi le sentiment d’abandon. Et je crois que c’est important à un moment d’oser voir ça en face.

Tous ces sentiments-là sont vraiment légitimes, normaux, importants à accueillir. Le deuil n’est pas une maladie y compris dans sa part la plus dépressive et c’est quand on aura dépassé tout cela que l’on va aussi d’une certaine façon naître à nouveau, naître grandi par ce chemin qu’on a osé vivre.

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