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26/05/2017

Yves Alphé : colloque "oser parler de la mort, un cadeau pour la vie", partie 2

Suite à l’intervention d’Yves Alphé dans le colloque « oser parler de la mort, un cadeau pour la vie », veuillez trouver maintenant celles de Raoul Pouls, lui aussi de la société Caritas Obsèques.

Avant de commencer notre colloque, nous allons prendre un petit moment de réflexion et nous souvenirs de ceux et celles qui nous ont quittés, je vais vous demander d’avoir la gentillesse de vous lever et d’observer une petite minute de silence.

[Minute de silence]

Le sujet de la mort reste un véritable tabou dans notre société, c’est pourquoi nous avons pu organiser ce soir cette manifestation. Je vais, avant que de vous les présenter remercier chaleuresment toutes les personnes qui sont sur l’estrade ce soir et qui nous ont fait la gentillesse de répondre favorablement à notre sollicitation. Il s’agit tout d’abord de Madame Haraud, de madame Marie-Chantal Roussaud, présidente de l’association JALMALV Orléans, grâce à qui ce colloque a été organisé. Madame Emmanuel David, médecin à l’hôpital d’Orléans, aux soins palliatifs, de monsieur Lenoisflayo qui est psychopraticien à Orléans, de monsieur Coupelier, notaire, de monsieur François Bourgeois et monsieur Yves Alphé, dirigeant de Caritas Obsèques.

Chacun et chacune dans son domaine d’expertise, ou à travers son expérience personnelle, contribuera à vous éclairer sur la nécessité de se préparer au mieux à l’échéance qu’est la mort, tant sur le plan familial que spirituel, philosophique, médical ou juridique. Car à défaut de dédramatiser la mort, la perte d’un être cher est et restera toujours une épreuve. Il convient d’en anticiper les conséquences pour qu’elle ne soit plus un trop lourd fardeau à porter mais que son anticipation devienne un véritable cadeau pour la vie. Il s’agit de faire tomber le tabou, c’est pour ça que nous sommes là ce soir. Vous les jeunes et les moins jeunes qui nous écouterez ce soir, sachez qu’il y a environ 500 000 personnes qui décèdent chaque année en France. Ils laissent derrière eux plus d’un million d’êtres humains dans la peine et qui sont confrontés aux affres du deuil. Le mot deuil vient du latin dolore qui signifie chagrin. Pourtant le deuil n’est pas une maladie, comme l’a dit Yves Alphé toutes à l’heure mais un processus normal dont on ne peut en aucun cas faire l’économie. En revanche, chaque deuil est unique, singulier dans sa forme et dans son fond en raison de l’attachement de la personne proche de sa famille et ses amis, de la qualité relationnelle à cette personne ou bien des circonstances de ce décès. Il va falloir s’habituer à l’absence de celui ou celle qui nous a quittés, quelquefois trop rapidement. Selon le psychiatre Elizabeth Kübler-Ross, on distingue différentes étapes dans le travail de deuil (comme l’explique Yves Alphé sur son blog). Car il s’agit bien d’un travail. Tout d’abord le déni, le choc puis la colère suivie du marchandage, de la tristesse et de la dépression et enfin l’acceptation et la reconstruction. Ce travail de deuil ne peut pas se faire en ligne droite : il y en a autant que de familles endeuillées. Chaque cas est particulier. Madame Rosine Haraud a perdu son papa en Octobre 2015, je la remercie encore d’avoir bien voulu nous rejoindre ce soir pour témoigner devant vous, ce qui croyez moi n’est pas un exercice facile.

Madame Haraud, comment avez-vous vécu le deuil de votre papa ? Etiez-vous préparée à ce départ ?

Rosine Haraud : Le départ de mon papa a été hélas une épreuve pour moi. Cette nouvelle me consternait et m’a provoquée une réelle souffrance. Je me suis sentie submergée d’émotions, mêlée de tristesse et de colère. J’avais le sentiment d’avoir été abandonnée par mon papa et j’éprouvais un vif sentiment de culpabilité, celui de ne pas avoir assez profité des moments que j’ai eu le bonheur de partager avec lui. Son départ, bien que prévisible, a été très, trop rapide. Tous les membres de notre famille et moi-même n’avons été informés de la gravité de sa maladie qu’un mois avant son décès. Jamais je n’aurais pu imaginer qu’il nous quitterait si vite.

Raoul Pouls : Effectivement un deuil, qu’il soit soudain ou prévisible est toujours une épreuve cruelle. Vous étiez-vous déjà interrogée sur la mort en général et aviez-vous parlé de la mort avec votre papa ?

RH : Je ne m’étais pas spécialement interrogée sur la mort et je n’avais pas évoqué sa fin de vie avec mon papa. Pourtant au plus profond de moi-même j’ai su qu’il avait compris qu’il allait bientôt nous quitter. Lors de nos dernières visites à l’hôpital, il était assis dans son lit et il me regardait, la colère remplie de ses yeux noirs et il m’a dit « de toute façon je vais mourir ». J’étais complètement désemparée, je suis restée silencieuse, je n’avais jamais vu mon papa comme cela auparavant. J’étais incapable de lui répondre et de lui dire que j’avais compris que l’échéance était proche. C’était trop difficile à supporter, je suis restée prostrée dans mon silence.

RP : Votre papa avait-il pris les dispositions concernant son départ ?

RH : Oui, oui. Papa avait pris ses dispositions pour ses obsèques et avait finalisé ses dernières volontés. Il ne disposait pas d’une sépulture familiale, il n’en voulait pas. Il a souhaité une cérémonie civile toute simple suivie d’une crémation au IFS et d’une dispersion des cendres au grand cimetière d’Orléans, dans le jardin du souvenir. Il a voulu partir dans un certain anonymat, ainsi a-t-on remplacé les feuilles traditionnelles par un don à l’association Arcap contre le cancer par exemple. Il disposait en outre d’une assurance obsèques dont il nous avait transmis une copie à ma sœur Louise et moi-même dans le cas où il lui arriverait quelque chose. Cette démarche a été très importante pour nous et surtout très utile dans ces moments de tristesse et de désarroi. Toutes ces démarches nécessaires étaient garanties et assurées par ce contrat. Personnellement, avec le recul de l’expérience, je recommande à tout un chacun de souscrire ce type d’assurance car les démarches sont nombreuses et les frais d’obsèques peuvent parfois être très onéreux et entrainer des difficultés financières importantes pour les familles. 

RP : Yves Alphé, pouvez-vous vous dire un petit peu ce qu’il en est au niveau des contrats obsèques ?

Yves Alphé : Oui donc il existe deux formes de contrats obsèques : le contrat en capital que l’on souscrit auprès d’une banque ou d’une assurance et le contrat en prestation qui est souscrit auprès d’un organisme de pompes funèbres, comme le nôtre. Le contrat en capital permet de bloquer une somme pour couvrir les frais d’obsèques en un seul ou plusieurs versements. Ce montant est choisi par le souscripteur sur la base d’un forfait non détaillé proposé par les banques ou les assurances. L’argent est donc placé sur un compte épargne dédié, de façon à être revalorisé chaque année afin de suivre l’évolution du coût de la vie, de la mort en l’occurrence. L’inconvénient de ce contrat, c’est qu’il n’engage pas, plus ou peu l’organisme de pompes funèbres sur toutes les prestations voulues par le défunt ou la famille au moment du décès. Donc la famille est susceptible de devoir payer des prestations en plus si elles n’avaient pas été comprises dans ce forfait. Le contrat en prestation, souscrit dans un organisme de pompes funèbres, lui organise vraiment les funérailles puisqu’il commence par l’élaboration d’un devis détaillé, du cercueil à la souscription du caveau. Il permet donc de tout organiser comme on le souhaite. La facture totale est ensuite réglée par un assureur adossée à l’entreprise de pompes funèbres. Donc Caritas Obsèques (dirigée par Yves Alphé), nous travaillons avec Le Choix Funéraire qui a un réseau de plus de 400 agences de pompes funèbres indépendantes. Ce qu’il faut savoir aussi, c’est que de plus en plus de personnes s’intéressent au contrat obsèques en France : il y aurait en 2016 plus de 3 millions de contrats signés et 10% des décès sont aujourd’hui préfinancés. Et enfin j’aimerais vous parler d’une autre façon de préparer ses obsèques à l’avance, avec notre organisme Caritas Obsèques. En effet nous avons mis en place un système tout à fait gratuit qui s’appelle « le dépôt de volontés » qui consiste à remplir un petit livret que nous avons fabriqué et qui permet à toute personne qui le souhaite de renseigner tous types d’informations sur ses propres obsèques. Ce livret ne constitue pas évidemment un contrat obsèques parce qu’il n’y a pas de financement mais il permet d’enregistrer les volontés auprès de notre organisme afin de soulager et de rassurer les membres de la famille au moment du décès. Caritas Obsèques s’engage à veiller à ce que les volontés soient respectées.

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