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22/01/2018

Parler de la mort aux enfants, Yves Alphé partie 3

Quels sont les différents types de mort que peut rencontrer un enfant ? Explications par  Yves Alphé

 

  • La mort des grands parents.

Tout dépend de la nature de la relation intra familiale. Les grands parents peuvent être très distants ou au contraire un repère essentiel pour l’enfant. Ils constituent un repère pour l’enfant, car outre l’amour qu’ils leur donnent, ils sont une courroie de transmission de l’histoire familiale : « Dis grand-père, comment était papa à mon âge ? ».

 

Le décès d’un grand parent, s’il reste une épreuve, s’inscrit pour adulte et enfant dans l’ordre normal des choses, rappelle Yves Alphé. La douleur ne sera pas la même que pour un parent, une sœur ou un frère.

Néanmoins, suivant la relation entretenues l’enfant peut éprouver un sentiment d’abandon, voire craindre la disparition d’autres adultes de son entourage. Il FAUT donc et c’est ESSENTIEL parler avec lui de cette mort, qui si elle est dans l’ordre naturel des choses, reste une véritable souffrance.

 

           2 – La mort d’un parent.

 

C’est pour l’enfant, la perte ABSOLUE ! Il est en outre souvent le témoin innocent de la souffrance du père ou de la mère décédée. L’image parentale peut alors être altérée (si la communication parent mourant : enfant n’est plus possible par exemple), indique Yves Alphé.

C’est alors « tempête sous un casque ». L’enfant élabore des thèmes pour tenter d’échapper à la triste réalité à laquelle il est confronté. Lorsqu’un parent meurt violemment (accident), l’enfant est face à une incompréhension. Comment sa vie a-t-elle pu basculer aussi vite ?

Le suicide d’un parent est encore plus délicat à gérer, car l’acte d’abandon caractérisé de ce geste le plonge dans un profond désarroi. Là encore la notion de responsabilité peut refaire surface avec son cortège d’interrogations.

Il est alors FONDAMENTAL de ne pas MENTIR à l’enfant, car la découverte de la vérité est alors destructrice. Les questions qu’il pose serviront alors à décrypter le vrai du faux, le mensonge est alors une véritable catastrophe pour la future relation adulte/enfant. Il convient donc de trouver les mots justes et de susciter chez l’enfant l’extériorisation de sa peine, de ses doutes, de ses interrogations. Il faut absolument dégager l’enfant de toute notion de responsabilité vis-à-vis du geste du parent décédé car il n’en n’a généralement aucune. 

Pour longtemps l’ambivalence de sentiments vis-à-vis du parent suicidé perdurera ; il est essentiel d’accompagner l’enfant pour le soutenir dans cette épreuve. La mort d’un parent n’est jamais anodine pour un enfant car elle bouleverse  sa vie  (déménagement, changement d’école, pb financier…) d’où le ressenti d’un véritable sentiment d’INSECURITE.

 

          3 – la mort d’un frère ou d’une sœur.

C’est une expérience infiniment douloureuse pour un enfant. Il est alors confronté à sa propre vulnérabilité. La place dans la fratrie a son importance : impuissance, culpabilité de survie, attitude des parents ajoutent à sa douleur, comme le rappelle Yves Alphé.

La perte d’un frère ou d’une sœur peut alors devenir un véritable poids à porter si les parents ni prennent pas garde, car elle aura des répercutions profonde dans la famille. C’est là qu’intervient l’importance de la disponibilité des deux parents. Père et mère ensemble doivent faire face, car le deuil de l’enfant est multiformes de l’extériorisation la plus flagrante, à l’intériorisation la plus intime.

 

         4 – L’enfant confronté à sa propre mort.

Lorsque l’enfant risque de mourir, il est fondamental que circulent des paroles vraies sur le sens de la vie. Parler vrai, s’est accompagné l’enfant en tout ce qui peut encore se vivre. Pour autant accompagner un enfant qui va mourir est une chose très éprouvante, car nous l’avons déjà souligné, elle n’est pas dans la nature des choses.

Lorsque le pronostic vital est engagé, il est impératif de ne pas destituer l’enfant de son statut d’enfant voire de son statut d’élève, quand il est scolarisé, pour lui permettre de continuer malgré tout à vivre, à s’investir selon ses désirs.

Les enfants en fin de vie, nous apprennent ce que les livres ne nous apprennent pas. Ils nous interrogent par leur volonté de vivre jusqu’au bout. Vivre au contact de la mort est une chose terrible pour toute la famille, pour les soignants et les accompagnants, car il s’agit de le maintenir jusqu’au bout de son histoire.

Faire que l’enfant ne soit pas seul face à sa mort annoncée est insoutenable mais reste un  devoir auquel les parents doivent faire face avec courage et abnégation.

 

Voilà donc les morts auxquelles un enfant peut être confronté. il en est une que je n’ai pas encore évoquée, mais je voudrais avant de poursuivre l’évoquer brièvement, car elle a son importance pour les enfants. Il s’agit de la mort de leur animal de compagnie.

Pour l’enfant l’animal de compagnie est bien souvent la première « responsabilité » dont il est chargé. Soigner le chat, le chien ou le perroquet familial lui revient souvent. La mort de cet animal peut être la première confrontation avec la mort  et la souffrance peut être aussi forte pour l’enfant que s’il s’agissait de la mort d’un parent.

Le chagrin est tout aussi réel, et même s’il ne s’agit « que d’un animal », il convient que les adultes soient prévenants avec l’enfant affecté, car sa souffrance est réelle et s’inscrit dans la même démarche traumatique que pour un être humain chéri, précise Yves Alphé.

29/12/2017

Parler de la mort aux enfants, Yves Alphé partie 2

Comment annoncer un décès, que faut-il dire, comment en parler, comment survivre à un tel événement ? Voilà bien des questions sans réponses spontanées.

La mort fait partie de la vie, elle est par essence, la fin de la vie, rappelle Yves Alphé. C’est l’un de sujets les plus difficile à évoquer, pour ne pas dire TABOU dans nos sociétés occidentales où la primauté de la jeunesse, de la beauté, de la réussite surpassent tout. Or la mort ce n’est pas beau !

La mort peut être mieux comprise quand elle survient en fin d’une longue vie. Pour autant, elle est réfutée dans tous les autres cas. Surtout si elle survient de manière brutale (accident, catastrophe, mort subite en bas âge…). Il est un fait encore aujourd’hui, que face à la mort la plus part d’entre nous sont désarmés, car peu ou pas du tout préparés à cette réalité inéluctable. Si « parler de la mort est une épreuve pour les adultes, elle est aussi une épreuve très difficile pour les enfants" d'où ce colloque animé par Yves Alphé.

Mille questions se posent à eux : comment évoquer cet évènement avec eux, avec quels mots, quelles attitudes prendre pour ne pas laisser d’enfant face à son désarroi, voilà le sujet qui nous occupe ce soir. Sans vouloir donner de recette, car il n’en existe pas. Nous nous proposons d’en parler pour que vous puissiez à votre tour en parler.

 

Comment les enfants parlent-ils de la mort ?

 

Les enfants ont une image forcément erronée de la mort, car ils côtoient au quotidien cette notion sans en mesurer la portée. Les jeux, contes et autres jeux vidéo… leur donnent une représentation irréelle de la mort. Dans la vraie vie on ne peut pas appuyer sur le bouton « reset » pour que celui ou celle qui vient de tomber se relève. Le mort est bien mort et il ne reviendra plus !

La compréhension de la mort chez l’enfant est différente de celle de l’adulte pour des raisons évidentes de maturité affectives et cognitives. C’est avec l’évolution de ses capacités de compréhension que l’enfant acquiert une perception plus réaliste de la mort. Mais comme pour les adultes, chaque deuil est unique et chaque réaction est particulière.

Pour un enfant, en général, imaginaire et réel se confondent. Pour comprendre une telle abstraction, l’enfant a besoin de MOTS JUSTES, RASSURANTS, D’EXPLICATIONS PRECISES, que les adultes dans de telles circonstances, ne sont pas toujours en mesure de leur donner, indique Yves Alphé.

 

Pour autant, l’âge de l’enfant n’est pas à lui seul déterminant, le milieu dans lequel il évolue l’est pour le moins. Aussi, l’idée de la mort s’élabore progressivement et fait partie intégrante du développement de l’enfant. Cette idée nait de ses expériences et s’enrichissent en fonction de ce qu’il vit de la mort (famille, animaux de compagnie, camarades de classe…).

 

Nous évoquerons l’évolution de cette idée à travers quatre grandes périodes de l’évolution de la compréhension des enfants :

  • Avant l’apprentissage du langage,
  • Avant 5 ans,
  • De 6 à 11 ans,
  • A l’adolescence.

 

Ainsi, le bébé, même s’il ne comprend pas souffre émotionnellement de la séparation. Nous ne le répèterons jamais assez, un bébé, si petit soit-il, est une personne qui ressent ce que sa mère éprouve. Une crainte peut naître et avoir des conséquences sur son ressenti. C’est le changement dans la qualité du maternage qu’il ressent. Aussi, dès 6 mois, un bébé qui auras compris, que lui et sa mère ne font qu’un, pourra ressentir le désarroi de sa mère en cas de perte brutale, d’autant plus qu’il ne pourra pas mesurer la durée de sa détresse.

 

Entre 18 mois et 6 ans, l’enfant accède au langage. Sa maturité psychologique se renforce et il commence à s’interroger. Pour l’enfant de cet âge, la mort ce n’est pas pour toujours ! Ce ne serait qu’un phénomène passager. L’imagination fait alors son œuvre. L’enfant joue souvent avec la mort : « Pan ! tu es mort », car le cow-boy qui joue au « pistolet » se relève toujours, encore et encore. «  C’était pour de semblant » ; « C’était pour de faux ! ». Il a alors une perception non mortifère de la mort. Aujourd’hui, les jeux vidéo le renforcent dans cette idée.

C’est la pensée magique qui domine. Ainsi, l’enfant est facilement convaincu que tout ce qui arrive vient de lui et de lui seul. Ce qui est grave, c’est qu’il peut alors croire qu’un disparu soit le résultat d’un secret inavoué. Survient alors une écrasante responsabilité qui peut le plonger dans un profond mutisme et provoquer des comportements anormaux pouvant aller jusqu’à l’automutilation. L’enfant ne sait pas. Il ne comprend pas tout, il a besoin d’être très sérieusement accompagné.

Là encore la communication directe, franche et claire prend toute sa dimension correctrice. Au-delà de la crainte de mal ou d’avoir mal fait, l’enfant est aussi confronté à la crainte « d’attraper la mort » comme s’il s’agissait d’une maladie, indique Yves Alphé.

 

De 6 à 11 ans, c’est la période durant laquelle l’enfant prend conscience de l’irréversibilité de la mort. Elle est alors comprise comme un principe général d’évolution. On nait, on vit, on meurt.

C’est à ce moment-là que les questions se font les plus nombreuses : « Pourquoi on devient squelette ? » « Pourquoi le cœur s’arrête de battre ? ». C’est vers dix ans que l’enfant prend conscience de l’aspect définitif  de la mort : «  Maintenant, ce n’est plus pour de faux ! ». L’angoisse demeure, mais l’enfant appréhende mieux l’idée et l’affronte de son mieux. Il compose désormais avec la réalité.

 

C’est à partir de 12 ans que sa conception de la mort se rapproche le plus de celle des adultes. La transformation physique et psychique de l’enfant fait son œuvre. Il comprend mieux le sens de la vie et donc celui de la mort. Anxiété, fascination, aspiration romantique sont alors à l’heure du temps.

C’est alors que l’événement survenu l’enfant se heurte tout comme les adultes au déni et au tabou de la mort. A ce moment, là encore, la communication adulte/enfant revêt toute son importance. La douleur du premier ne doit pas occulter celle du second. Tout déni, toute mauvaise information, peut alors être ressenti avec une extrême violence où se mêlent incompréhension, trahison, et rejet du monde incertain des adultes. Les adultes ont envers les enfants un devoir de vérité sur les circonstances du décès de leur proche. La crédibilité des adultes et la confiance qui leur sera accordée par les enfants à l’avenir est à ce prix.

19/12/2017

Parler de la mort aux enfants, Yves Alphé partie 1

« Dis, c’est comment quand on est mort » ? voilà une des nombreuses questions auxquelles vous pourriez bien être confrontés un jour ou l’autre.

En effet, la question de la mort est essentielle pour les petits et les grands, elle est malheureusement trop souvent mésestimée voire méconnue comme celle de la douleur et les deux font la paire, rappelle Yves Alphé de Caritas Obsèques.

Parler de la mort aux enfants est un exercice très difficile, qui demande de la part des adultes une attention toute particulière et un tact certain. Pour accompagner le mieux possible l’enfant sur le chemin du chagrin, il convient de prendre en compte un certains nombres de faits avérés et de contre-vérités qui ne le sont pas moins.

Les enfants ont peur de la mort comme les adultes. Les enfants souffrent comme les adultes de la disparition d’un être cher. Pour autant, trop nombreux sont les adultes qui considèrent que les jeunes enfants ne se rendent pas compte de ce qu’ils vivent. Cette allégation est fausse. Bien que les enfants transforment tout en jeu, il ne faut pas s’y tromper, c’est en fait une de leur manière de s’exprimer, d’exprimer leur douleur. « Avec  le temps, ils oublieront » comme cela est commode pour éviter de s’investir vis-à-vis des plus petits, qui vivent face à la mort d’un être cher, un véritable traumatisme.

Il ne faut jamais oublier que le bébé, puis l’enfant sont une personne à part entière. Certes les enfants n’ont pas une représentation concrète de la mort, mais cet évènement traumatique et ses conséquences (la peur par exemple) influent sur leur confiance naturelle en la vie et qu’ils éprouvent envers les adultes car ils ont besoin d’eux pour grandir, indique Yves Alphé.

Or trop souvent, face à leur propre deuil, les adultes oublient les enfants.  Néanmoins, les adultes doivent avoir la force de surmonter leur propre douleur pour pouvoir aider les enfants à dominer la leur. Il faut bien être conscient que les enfants ne savent pas toujours comment demander de l’aide. Les enfants peuvent alors développer des trésors d’ingéniosité pour échapper à la triste réalité, alors que les adultes ne sont pas réceptifs à leur douleur. « Ils ne jouent plus, c’est bien normal en de telles circonstances ». Ou alors, ils inventent de « faux jeux »  ce qui rassurent les adultes, parents ou soignants, et les trompent à la fois. «  Cet enfant va bien, il joue ». Or, rejeter le traumatisme de la mort d’un être cher par le jeu, quel qu’il soit, ne signifie pas que l’enfant va bien !  Au traumatisme s’ajoute le manque, le délaissement, la désolation.

Ce pose alors la question de savoir comment se transmet le trauma des parents à l’enfant. La mère a alors un rôle essentiel, car elle est la première figure d’attachement affectif, comme le rappelle Yves Alphé.

Ainsi pour accompagner l’enfant face à la mort, parents et soignants doivent surmonter leur propres traumas sans s’apitoyer, ni banaliser l’événement. Il est fondamental de savoir se mettre au niveau de l’enfant, ce qui n’est malheureusement pas toujours un exercice facile.