Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

12/03/2018

Parler de la mort aux enfants, partie 4

L’enfant peut donc dès son plus jeune âge être confronté à cet événement naturel mais traumatisant qu’est la mort d’un être cher, rappelle Yves Alphé.

Pour surmonter le trauma, il est essentiel que les adultes communiquent, échangent avec les enfants. Cela appelle donc la question suivante :

 

Comment parler de la mort aux enfants?

Voilà une action très difficile pour les adultes qui craignent que de parler de la mort, ne la provoque.

Paradoxalement, bien que dans nos sociétés occidentales la mort virtuelle soit très présente (télévision, jeux vidéo…) les adultes adoptent souvent une attitude d’évitement lorsqu’ils sont confrontés à la mort réelle. GROSSE ERREUR !

Depuis plusieurs décennies, les enfants sont écartés du rituel de deuil, ce qui les fragilisent, car cela les exclus de l’espace familial où il faudrait au contraire resserrer les rangs. A cela plusieurs raisons.

Tout d’abord les adultes ont peur de s’effondrer devant l’enfant faute de savoir QUOI DIRE et surtout de SAVOIR COMMENT LE DIRE, indique Yves Alphé.

Or, toutes les études menées jusqu’à aujourd’hui montrent qu’il est indispensable :

  • Qu’il n’y est pas de tabou,
  • Que l’enfant soit au fait de ce qui se passe,
  • Qu’il participe au rite familial en la circonstance.

Aussi, pour aborder le sujet, il faut être SIMPLE, ce qui ne veut pas dire simpliste et par-dessus tout, il faut être HONNETE envers eux.

Néanmoins, se pose alors le problème de savoir comment mettre des mots sur un évènement que les adultes ne parviennent pas ou très difficilement à expliquer. Comment répondre aux mille questions qui se posent ?

Vouloir surprotéger les enfants, c’est allé à l’échec. Nous adultes avons à leur égard UN VERITABLE DEVOIR DE PAROLE, préconise Yves Alphé !

A nous de nous y préparer pour les accompagner au mieux et leur permettre de comprendre l’incompréhensible. Car les silences, les non-dits, les euphémismes, les métaphores attestent plus de la volonté des adultes d’échapper à leurs responsabilités, qu’à l’envie de bien faire vis-à-vis des plus petits.

Faire de la mort un TABOU, c’est privé les enfants d’en faire l’expérience, si cruelle soit elle, au risque qu’ils perdent totalement confiance envers les « grands ».

Employer les mots justes pour ne plus avoir de tabou, conseils par Yves Alphé

Il est donc nécessaire d’utiliser les mots justes. Le grand-père ou la petite sœur ne sont pas « endormis » ou « partis » ! Ils sont morts, cela veut dire qu’ils ne vivent plus et qu’ils ne seront plus jamais là.

Dire à un enfant que le mort dort, c’est prendre le risque de le condamner à avoir peur de s’endormir ! Aussi, aussi difficile que cela soit, le mot « mort » doit être employé, utilisé mais surtout expliqué. Lorsque l’adulte triche, l’enfant le ressent, il en souffre, s’inquiète voire se sent coupable, car il peut croire qu’il est la cause de la souffrance de l’adulte.

A l’évidence, la mort présentée avec calme et respect donne un sens à la vie, même pour les plus jeunes, indique Yves Alphé.

 

Quelle réaction des enfants face à la mort ?

La souffrance ne s’exprime pas de la même façon chez l’enfant et chez l’adulte.

L’enfant peut ne pas manifester de souffrance, voire semblait totalement détaché. Le temps n’est pas lui non plus instantané, l’enfant peut exprimer sa peine plusieurs jours après l’annonce du décès. Cela varie selon l'enfant.

La détresse ressentie peut s’exprimer sous différentes formes, comme le rappelle Yves Alphé : La colère, l’agitation, l’anxiété, la révolte, la régression, des perturbations du comportement alimentaires et du sommeil. Il est donc nécessaire de bien prendre en compte la réaction de l’enfant qui peut paraitre déstabilisante pour un adulte, mais qui n’en est pas moins une manifestation d’émotions face au décès.

La dépression anaclitique, selon Spitz, est la dépression typique des enfants. Elle est la manifestation de troubles sévères et durables. Si le bébé manifeste sa détresse par les pleurs, les jeunes enfants peuvent  l’exprimer par une attitude de retrait, des refus du contact, des perturbations somatiques et alimentaires. La dépendance anxieuse se manifeste par un attachement excessif à l’autre de ce fait. La peur de mourir peut elle aussi faire son apparition comme celle de vouloir mourir pour rejoindre le défunt.

C’est très difficile pour un adulte de gérer une telle situation car l’enfant peut alors craindre la disparition ou l’abandon du parent qui reste. L’anxiété peut donc devenir pathologique et handicaper durablement l’enfant. Il faut donc limiter les risques pour les adultes en supportant au mieux cette phase de dépendance anxieuse, sans gronder l’enfant, conseille Yves Alphé, mais en le rassurant sur le fait que malgré tout il n’est pas seul !

 

Quelles attitudes peuvent prendre les enfants ?

 

L’hyper vigilance : Il s’agit pour les enfants des surveiller en permanence les adultes pour s’assurer de leur présence. Cela peut entraîner un épuisement physique et une grande fatigue psychologique pouvant avoir de graves conséquences sur leur apprentissage.

 

Les conduites régressives : L’enfant retourne inconsciemment à un stade antérieur, là où sa sécurité était assurée. Il peut aussi stagner. Quelques manifestations de cet état : Sucer son pouce, renforcement du rituel du coucher, reprise en main d’un doudou (même à un âge avancé). Malgré ces régressions, l’attitude générale des adultes pousse les enfants endeuillés à grandir trop vite. Cela conduit à un mélange néfaste d’hyper maturité, qui se traduit pas des propos d’adultes et d’immaturité affective d’enfant qui cherchera sans cesse à se rassurer.

 

Les troubles du comportement : Souvent l’enfant ne manifeste pas directement son chagrin. Il peut n’exprimer aucune souffrance apparente. C’est alors qu’à des phases d’hyper activité succèdent des phases de prostration manifestant  le trouble de l’enfant.

 

Les troubles dépressifs : Comme les adultes les enfants peuvent sombrer dans la dépression. Celle-ci se manifeste chez l’enfant par un sentiment durable de tristesse, une apathie, une instabilité d’humeur, un retrait par rapport aux relations, un ralentissement cognitif, une fatigue continue, des troubles du sommeil, alimentaires et aussi des idées de mort, indique Yves Alphé.

 

Les manifestations somatiques : le corps peut être le support de la souffrance endurée : Maux de ventre, de tête, dermatologiques, alopécie (c’est à dire la chute anormale des cheveux). Après recherche des causes organiques, il faut alors se pencher sur les causes psychologiques. Ces effets se produisent quand l’enfant n’arrive pas à exprimer sa douleur directement. Ils se manifestent aussi lorsque l’enfant craint de rajouter de la douleur aux adultes où lorsqu’il cherche à attirer l’attention des adultes censés les protéger.

Ils peuvent être aussi le résultat de la volonté d’expiation inconsciente de l’enfant qui se croit responsable de la disparition du défunt. Enfin, le comportement familial qui interdit toute manifestation habituelle du chagrin peut en être la source (« Tu ne dois pas pleurer, un garçon ça ne pleure pas ! ») et la manifestation somatique est la seule que l’enfant peut alors s’autoriser !

 

Les conduites auto-agressives : Lorsque la douleur est trop vive, l’enfant peut en venir à se faire du mal et exprimer par la même sa volonté de mourir à son tour,met en garde Yves Alphé. Scarification, jeux d’asphyxie, conduites dangereuses sont alors le lot de ces attitudes destructrices. Le risque de suicide n’est alors pas à écarter. Il est indispensable de solliciter l’aide d’un professionnel pour mettre en place un relais auprès de l’enfant qui souffre.

 

Les réactions d’identification au défunt : C’est un moyen pour l’enfant de maintenir le contact. Il s’approprie alors certains traits de caractère du défunt, ses expressions. Cette réaction peut être provisoire mais aussi s’inscrire dans le temps. L’enfant risque alors de ne plus exister pour lui-même. Elle est fréquente en cas de décès d’un des deux parents ou dans la fratrie. L’enfant peut même exprimer les mêmes symptômes que la personne décédée.  Maux de tête par exemple si le parent est décédé d’une tumeur au cerveau. Elle est aussi l’expression manifeste du besoin de l’enfant de se rassurer sur la présence de son entourage censé prendre soin de lui en de telles circonstances.

 

Les réactions en faux self : C’est la réaction des enfants qui n’expriment rien ! Comme s’ils n’étaient pas touchés. Ils tentent de vivre comme avant et dissimulent leur douleur, qui est bien réelle, il ne FAUT PAS EN DOUTER !

Ils peuvent alors se sur investir à l’école dans les péri scolaires. Les adultes sont alors rassurés et pensent à tort que l’enfant va bien et qu’il gère très bien l’évènement. Ce qui n’est pas vrai, chaque enfant gère sa douleur individuellement et de manière unique.

 

La compulsion à soigner : C’est cela qui pousse l’enfant à soigner, réconforter, prendre soin des autres. C’est surtout le désire de réparation et de reprise de contrôle face à la mort qui pousse l’enfant à ce type de réaction. En prenant soin des autres, il a le sentiment d’écarter de lui son anxiété et de son chagrin, mais qui la encore sont bien réelles et présentes, indique Yves Alphé.

 

 

22/01/2018

Parler de la mort aux enfants, Yves Alphé partie 3

Quels sont les différents types de mort que peut rencontrer un enfant ? Explications par  Yves Alphé

 

  • La mort des grands parents.

Tout dépend de la nature de la relation intra familiale. Les grands parents peuvent être très distants ou au contraire un repère essentiel pour l’enfant. Ils constituent un repère pour l’enfant, car outre l’amour qu’ils leur donnent, ils sont une courroie de transmission de l’histoire familiale : « Dis grand-père, comment était papa à mon âge ? ».

 

Le décès d’un grand parent, s’il reste une épreuve, s’inscrit pour adulte et enfant dans l’ordre normal des choses, rappelle Yves Alphé. La douleur ne sera pas la même que pour un parent, une sœur ou un frère.

Néanmoins, suivant la relation entretenues l’enfant peut éprouver un sentiment d’abandon, voire craindre la disparition d’autres adultes de son entourage. Il FAUT donc et c’est ESSENTIEL parler avec lui de cette mort, qui si elle est dans l’ordre naturel des choses, reste une véritable souffrance.

 

           2 – La mort d’un parent.

 

C’est pour l’enfant, la perte ABSOLUE ! Il est en outre souvent le témoin innocent de la souffrance du père ou de la mère décédée. L’image parentale peut alors être altérée (si la communication parent mourant : enfant n’est plus possible par exemple), indique Yves Alphé.

C’est alors « tempête sous un casque ». L’enfant élabore des thèmes pour tenter d’échapper à la triste réalité à laquelle il est confronté. Lorsqu’un parent meurt violemment (accident), l’enfant est face à une incompréhension. Comment sa vie a-t-elle pu basculer aussi vite ?

Le suicide d’un parent est encore plus délicat à gérer, car l’acte d’abandon caractérisé de ce geste le plonge dans un profond désarroi. Là encore la notion de responsabilité peut refaire surface avec son cortège d’interrogations.

Il est alors FONDAMENTAL de ne pas MENTIR à l’enfant, car la découverte de la vérité est alors destructrice. Les questions qu’il pose serviront alors à décrypter le vrai du faux, le mensonge est alors une véritable catastrophe pour la future relation adulte/enfant. Il convient donc de trouver les mots justes et de susciter chez l’enfant l’extériorisation de sa peine, de ses doutes, de ses interrogations. Il faut absolument dégager l’enfant de toute notion de responsabilité vis-à-vis du geste du parent décédé car il n’en n’a généralement aucune. 

Pour longtemps l’ambivalence de sentiments vis-à-vis du parent suicidé perdurera ; il est essentiel d’accompagner l’enfant pour le soutenir dans cette épreuve. La mort d’un parent n’est jamais anodine pour un enfant car elle bouleverse  sa vie  (déménagement, changement d’école, pb financier…) d’où le ressenti d’un véritable sentiment d’INSECURITE.

 

          3 – la mort d’un frère ou d’une sœur.

C’est une expérience infiniment douloureuse pour un enfant. Il est alors confronté à sa propre vulnérabilité. La place dans la fratrie a son importance : impuissance, culpabilité de survie, attitude des parents ajoutent à sa douleur, comme le rappelle Yves Alphé.

La perte d’un frère ou d’une sœur peut alors devenir un véritable poids à porter si les parents ni prennent pas garde, car elle aura des répercutions profonde dans la famille. C’est là qu’intervient l’importance de la disponibilité des deux parents. Père et mère ensemble doivent faire face, car le deuil de l’enfant est multiformes de l’extériorisation la plus flagrante, à l’intériorisation la plus intime.

 

         4 – L’enfant confronté à sa propre mort.

Lorsque l’enfant risque de mourir, il est fondamental que circulent des paroles vraies sur le sens de la vie. Parler vrai, s’est accompagné l’enfant en tout ce qui peut encore se vivre. Pour autant accompagner un enfant qui va mourir est une chose très éprouvante, car nous l’avons déjà souligné, elle n’est pas dans la nature des choses.

Lorsque le pronostic vital est engagé, il est impératif de ne pas destituer l’enfant de son statut d’enfant voire de son statut d’élève, quand il est scolarisé, pour lui permettre de continuer malgré tout à vivre, à s’investir selon ses désirs.

Les enfants en fin de vie, nous apprennent ce que les livres ne nous apprennent pas. Ils nous interrogent par leur volonté de vivre jusqu’au bout. Vivre au contact de la mort est une chose terrible pour toute la famille, pour les soignants et les accompagnants, car il s’agit de le maintenir jusqu’au bout de son histoire.

Faire que l’enfant ne soit pas seul face à sa mort annoncée est insoutenable mais reste un  devoir auquel les parents doivent faire face avec courage et abnégation.

 

Voilà donc les morts auxquelles un enfant peut être confronté. il en est une que je n’ai pas encore évoquée, mais je voudrais avant de poursuivre l’évoquer brièvement, car elle a son importance pour les enfants. Il s’agit de la mort de leur animal de compagnie.

Pour l’enfant l’animal de compagnie est bien souvent la première « responsabilité » dont il est chargé. Soigner le chat, le chien ou le perroquet familial lui revient souvent. La mort de cet animal peut être la première confrontation avec la mort  et la souffrance peut être aussi forte pour l’enfant que s’il s’agissait de la mort d’un parent.

Le chagrin est tout aussi réel, et même s’il ne s’agit « que d’un animal », il convient que les adultes soient prévenants avec l’enfant affecté, car sa souffrance est réelle et s’inscrit dans la même démarche traumatique que pour un être humain chéri, précise Yves Alphé.

29/12/2017

Parler de la mort aux enfants, Yves Alphé partie 2

Comment annoncer un décès, que faut-il dire, comment en parler, comment survivre à un tel événement ? Voilà bien des questions sans réponses spontanées.

La mort fait partie de la vie, elle est par essence, la fin de la vie, rappelle Yves Alphé. C’est l’un de sujets les plus difficile à évoquer, pour ne pas dire TABOU dans nos sociétés occidentales où la primauté de la jeunesse, de la beauté, de la réussite surpassent tout. Or la mort ce n’est pas beau !

La mort peut être mieux comprise quand elle survient en fin d’une longue vie. Pour autant, elle est réfutée dans tous les autres cas. Surtout si elle survient de manière brutale (accident, catastrophe, mort subite en bas âge…). Il est un fait encore aujourd’hui, que face à la mort la plus part d’entre nous sont désarmés, car peu ou pas du tout préparés à cette réalité inéluctable. Si « parler de la mort est une épreuve pour les adultes, elle est aussi une épreuve très difficile pour les enfants" d'où ce colloque animé par Yves Alphé.

Mille questions se posent à eux : comment évoquer cet évènement avec eux, avec quels mots, quelles attitudes prendre pour ne pas laisser d’enfant face à son désarroi, voilà le sujet qui nous occupe ce soir. Sans vouloir donner de recette, car il n’en existe pas. Nous nous proposons d’en parler pour que vous puissiez à votre tour en parler.

 

Comment les enfants parlent-ils de la mort ?

 

Les enfants ont une image forcément erronée de la mort, car ils côtoient au quotidien cette notion sans en mesurer la portée. Les jeux, contes et autres jeux vidéo… leur donnent une représentation irréelle de la mort. Dans la vraie vie on ne peut pas appuyer sur le bouton « reset » pour que celui ou celle qui vient de tomber se relève. Le mort est bien mort et il ne reviendra plus !

La compréhension de la mort chez l’enfant est différente de celle de l’adulte pour des raisons évidentes de maturité affectives et cognitives. C’est avec l’évolution de ses capacités de compréhension que l’enfant acquiert une perception plus réaliste de la mort. Mais comme pour les adultes, chaque deuil est unique et chaque réaction est particulière.

Pour un enfant, en général, imaginaire et réel se confondent. Pour comprendre une telle abstraction, l’enfant a besoin de MOTS JUSTES, RASSURANTS, D’EXPLICATIONS PRECISES, que les adultes dans de telles circonstances, ne sont pas toujours en mesure de leur donner, indique Yves Alphé.

 

Pour autant, l’âge de l’enfant n’est pas à lui seul déterminant, le milieu dans lequel il évolue l’est pour le moins. Aussi, l’idée de la mort s’élabore progressivement et fait partie intégrante du développement de l’enfant. Cette idée nait de ses expériences et s’enrichissent en fonction de ce qu’il vit de la mort (famille, animaux de compagnie, camarades de classe…).

 

Nous évoquerons l’évolution de cette idée à travers quatre grandes périodes de l’évolution de la compréhension des enfants :

  • Avant l’apprentissage du langage,
  • Avant 5 ans,
  • De 6 à 11 ans,
  • A l’adolescence.

 

Ainsi, le bébé, même s’il ne comprend pas souffre émotionnellement de la séparation. Nous ne le répèterons jamais assez, un bébé, si petit soit-il, est une personne qui ressent ce que sa mère éprouve. Une crainte peut naître et avoir des conséquences sur son ressenti. C’est le changement dans la qualité du maternage qu’il ressent. Aussi, dès 6 mois, un bébé qui auras compris, que lui et sa mère ne font qu’un, pourra ressentir le désarroi de sa mère en cas de perte brutale, d’autant plus qu’il ne pourra pas mesurer la durée de sa détresse.

 

Entre 18 mois et 6 ans, l’enfant accède au langage. Sa maturité psychologique se renforce et il commence à s’interroger. Pour l’enfant de cet âge, la mort ce n’est pas pour toujours ! Ce ne serait qu’un phénomène passager. L’imagination fait alors son œuvre. L’enfant joue souvent avec la mort : « Pan ! tu es mort », car le cow-boy qui joue au « pistolet » se relève toujours, encore et encore. «  C’était pour de semblant » ; « C’était pour de faux ! ». Il a alors une perception non mortifère de la mort. Aujourd’hui, les jeux vidéo le renforcent dans cette idée.

C’est la pensée magique qui domine. Ainsi, l’enfant est facilement convaincu que tout ce qui arrive vient de lui et de lui seul. Ce qui est grave, c’est qu’il peut alors croire qu’un disparu soit le résultat d’un secret inavoué. Survient alors une écrasante responsabilité qui peut le plonger dans un profond mutisme et provoquer des comportements anormaux pouvant aller jusqu’à l’automutilation. L’enfant ne sait pas. Il ne comprend pas tout, il a besoin d’être très sérieusement accompagné.

Là encore la communication directe, franche et claire prend toute sa dimension correctrice. Au-delà de la crainte de mal ou d’avoir mal fait, l’enfant est aussi confronté à la crainte « d’attraper la mort » comme s’il s’agissait d’une maladie, indique Yves Alphé.

 

De 6 à 11 ans, c’est la période durant laquelle l’enfant prend conscience de l’irréversibilité de la mort. Elle est alors comprise comme un principe général d’évolution. On nait, on vit, on meurt.

C’est à ce moment-là que les questions se font les plus nombreuses : « Pourquoi on devient squelette ? » « Pourquoi le cœur s’arrête de battre ? ». C’est vers dix ans que l’enfant prend conscience de l’aspect définitif  de la mort : «  Maintenant, ce n’est plus pour de faux ! ». L’angoisse demeure, mais l’enfant appréhende mieux l’idée et l’affronte de son mieux. Il compose désormais avec la réalité.

 

C’est à partir de 12 ans que sa conception de la mort se rapproche le plus de celle des adultes. La transformation physique et psychique de l’enfant fait son œuvre. Il comprend mieux le sens de la vie et donc celui de la mort. Anxiété, fascination, aspiration romantique sont alors à l’heure du temps.

C’est alors que l’événement survenu l’enfant se heurte tout comme les adultes au déni et au tabou de la mort. A ce moment, là encore, la communication adulte/enfant revêt toute son importance. La douleur du premier ne doit pas occulter celle du second. Tout déni, toute mauvaise information, peut alors être ressenti avec une extrême violence où se mêlent incompréhension, trahison, et rejet du monde incertain des adultes. Les adultes ont envers les enfants un devoir de vérité sur les circonstances du décès de leur proche. La crédibilité des adultes et la confiance qui leur sera accordée par les enfants à l’avenir est à ce prix.